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[ANNULÉ] Agora des savoirs : « Que les toges le cèdent aux armes ! », Pr. Soazick KERNEIS
 
Mercredi 29 Avril 2020, 20:00

Centre Rabelais

Pr. Soazick KERNEIS, Professeure des Universités, Histoire du droit, Paris-Nanterre :
« Que les toges le cèdent aux armes ! »

“Souviens-toi que tu es mortel”, tel était l’avertissement qu’un esclave donnait au général triomphateur qui avait obtenu le privilège de défiler dans les rues de Rome à la tête de ses armées. Pour éviter qu’un excès de passion et d’orgueil (l’hybris) ne le gagne, ses soldats se moquaient et lui rappelaient ses tares et insuffisances. Les anthropologues ont montré que, dans de nombreuses sociétés traditionnelles, la communauté a mis en place des règles pour éviter l’accaparement du pouvoir : le processus de décision doit être collectif car il est bon “que les armes cèdent à la toge”. Dans l’Empire romain tardif, la devise s’inverse. L’emprise du pouvoir militaire s’accentue et la barbarisation du commandement se généralise. La conférence sera l’occasion d’évoquer les conditions dans lesquelles s’est produit le passage aux « royaumes barbares », en montrant que les premiers Mérovingiens sont non pas des envahisseurs barbares mais à la fois des généraux formés à la discipline romaine et des nobles au moins en partie de culture germanique. Comment s’organise alors la rencontre des cultures, celle de la toge et celle des sociétés tribales ? Le roi mérovingien a deux visages. Il est tout à la fois le roi chevelu héritier d’une forme de royauté magique et le chef des armées titulaire d’un pouvoir dans la res publica. Dès lors la décision dans la Gaule mérovingienne emprunte à des valeurs radicalement différentes, tiraillée entre acclamation du peuple en armes et majesté d’un pouvoir impérial.

Soazick Kerneis est professeur d’histoire du droit à l’Université Paris-Nanterre et Directrice du Centre d’Histoire et d’Anthropologie du Droit. Elle travaille sur les phénomènes d’hybridation juridique dans l’Antiquité romaine, l’avènement de nouvelles représentations du droit aux frontières de l’Empire, le remplacement du ius de la Cité classique par une forme populaire du droit, le directum. D’une façon plus générale, elle privilégie une approche interdisciplinaire afin de mieux comprendre quelques-unes des transformations actuelles du droit, qu’il s’agisse de l’engouement pour les modes alternatifs de résolution du litige, de l’influence du formulaire dans la fabrique du droit ou de la place de l’animal dans notre système juridique.



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